Points communs :
Au commencement, il y a toujours un couple royal qui se lamente de ne pas avoir d’enfant. A la naissance de la princesse une grande fête est donnée pour célébrer son baptême. Des fées y sont invitées et elles offrent des qualités au bébé. A chaque fois, l’élément féérique négatif n’est pas invité et vient s’en venger avant l’intervention de la dernière fée. La « méchante » profère toujours la même malédiction : la princesse se piquera le doigt à son adolescence et cela causera sa mort. La malédiction est adoucie par la dernière fée qui transforme la mort en un sommeil de 100 ans. Le roi fait brûler tous les fuseaux du royaume et plus ne se passe pendant une quinzaine d’années. Au terme de cette période, la princesse se retrouve sans surveillance au château, se pique au dernier fuseau du royaume et s’endort. Avec elle, les occupants du château s’endorment les lieux se trouvent gardés par des ronces. Lorsque le prince pénètre dans le domaine endormi, il trouve la princesse et la réveille d’un baiser (c’est là qu’on abandonne la version de Perrault qui diffère trop). Celle-ci se réveille et Disney respecte à la lettre le conte de Grimm : elle se réveille, le regarde et sourit. En même temps qu’elle, tout le château s’éveille et une immense fête est immédiatement célébrée.
Différences :
Il y a énormément de différences autant au niveau des personnages que de l’histoire entre le film et le conte, ainsi qu’au sein des différentes versions du conte en lui même.
Une des plus importantes est que les studios Disney ont nommé les personnages qui, à la base ne portent pas de noms, même si Perrault donne un nom aux enfants de la princesse et du prince. C’est d’ailleurs le nom de la petite fille qui est attribué à la mère : Aurore. Ensuite, le schéma relationnel entre les personnages est différent dans le film. Dans le conte, la famille de la princesse et celle du prince n’ont aucun lien, alors que chez Disney, les deux pères sont amis et se sont entendus sur les fiançailles de leurs enfants. La princesse est ensuite surnommée Rose par ses marraines. Celles-ci sont nommées Pimprenelle, Pâquerette et Flora.
Le prince du film prend une place bien plus importante que celui du conte. Il s’appelle Philippe, jeu de mot puisque ce nom signifie « qui aime les chevaux » et que Philippe est bon cavalier. Lui et son cheval Samson sont l’objet de scènes comiques qui font que le nom du prince est plutôt ironique. C’est la première fois que le personnage du prince est aussi développé chez Disney (les précédents n’ont pas de noms et ne parlent même pas !). Il est courageux, gentil et romantique comme tout bon prince mais il est aussi un peu rebelle envers son père, ce qui ajoute au comique du roi complètement dépassé par les réactions de son fils. Cette opposition ancienne/nouvelle génération annonce les prémices de mai 1968. Philippe est au final une victime de Maléfique au même titre qu’Aurore voire davantage car il l’affronte directement.
Les deux pères qui sont plus au moins évoqués dans les versions écrites et contées sont dans le film plus travaillés également. Le but est qu’ils soient en opposition et ce de façon comique. L’un est grand et maigre, l’autre petit et gros. Tous deux s’affrontent dans une scène du film car Stéphane, le père d’Aurore veut garder sa « petite fille » auprès de lui alors qu’Hubert veut qu’elle épouse son fils au plus vite. On retrouve le même cliché encore de nos jours lorsqu’un garçon annonce qu’il a une petite amie et qu’il est félicité et que si une fille dit qu’elle a un petit ami, son père se met en colère, devient paranoïaque…
Toute l’histoire est construite différemment. Disney explique que c’est pour rendre la trame plus captivante et étoffée. Le scénario est réellement modifié à partir de l’allégement de la malédiction par la dernière fée. D’ailleurs le nombre de fée change à chaque version et pour Disney elles sont trois. Le rôle des fées s’achève au moment où le sommeil de 100ans est décidé dans toutes les versions écrites du conte, mais Disney en a décidé autrement et a fait d’elles des mères de substitution pour la princesse qui finit par vivre cachée dans la forêt [ce qui n’a pas lieu ni chez Grimm ni chez Perrault] dans l’espoir d’échapper à Maléfique, la méchante fée.
Celle-ci correspond à la treizième fée chez Grimm, nommée Carabosse. Dans les deux versions la fée n’est pas invitée au baptême mais les raisons diffèrent : dans le conte écrit il est question d’un nombre de couverts en or. Il en manque un et le couple royal décide de ne pas inviter la dernière fée, qui ne donne plus signe de vie, pour éviter le déshonneur de lui présenter un couvert différent et moins précieux. Disney simplifie tout ça en disant, par la voix de la troisième fée, que la présence de Maléfique n’était tout simplement pas souhaitée. Dans les deux cas l’absence d’invitation froisse l’égo de la mauvaise fée, qui choisit de punir l’enfant plutôt que de s’en prendre aux parents pour venger sa colère.
La princesse de Disney vit donc en forêt avec ses trois fées pour marraines et ignore tout de ses origines alors que pour Grimm elle vit au château avec ses parents et ne le quitte pas du conte. Autre modification importante : la princesse rencontre le prince avant d’être endormie par la malédiction. L’équipe de réalisation du scénario s’est en effet beaucoup posé la question : « Aurore doit-elle rencontrer le prince avant ou seulement après s’être endormie ? ». Le film devait s’inspirer de la version de Perrault mais si vous avez lu le conte (autrement je vous le conseille vivement) vous savez de quoi parle David Koenig (auteur américain spécialisé dans les thèmes liés à Disney) lorsqu’il qualifie la fin de cette version « bizarre ». C’est pourquoi l’équipe s’est focalisée sur le début du conte (ce qui revient à la version de Grimm). Mais le pince et la princesse ne développait pas alors de scène romantique et c’est pourquoi cette rencontre a été rajoutée.
Comme dit dans la partie précédente, tout se joue le jour de l’anniversaire de la princesse. J’attire votre attention sur le fait que les studios Disney ont choisi de vieillir d’un an Aurore, expliquant ce choix par le désir de la faire paraître plus adulte. L’absence des parents royaux est remplacée par une fête d’anniversaire surprise au cours de laquelle les marraines-fées apprennent à Aurore qu’elle est princesse et fiancée. Dans le conte, la princesse est victime de sa curiosité pour une vieille femme isolée dans une tour du château qui fil avec un fuseau. Il n’est pas dit que c’est Carabosse, cependant on peut le supposer. Dans le film Aurore est hypnotisée par Maléfique qui la mène –toujours dans une tour du château- jusqu’au fuseau et la fait se piquer. Les fées prennent alors la décision d’endormir tout le château pour que : personne ne s’en rende compte, car une fête n’attendait que son arrivée pour éclater, et pour qu’à son réveil, Aurore ne soit pas seule à avoir 100 ans de retard. Ce sont à peu près les mêmes raisons dans le conte mais le sommeil est annoncé en début de conte, en même temps que celui de la princesse.
Dans le film il n’y a qu’un prince et il est déjà fiancé à la princesse alors que dans le conte ils sont de nombreux prétendants et tous sont tués en essayant de franchir les ronces. J’ai trouvé dans La femme dans les contes de Marie-Louise Von Franz qui traite de ces ronces. Voilà ce que j’en ai compris : d’après l’auteur, le passage de la haie d’épine est une épreuve trop simple à surmonter car il est dit dans toutes les versions qu’elle finit par s’écarter d’elle-même, la malédiction ayant atteint son terme. Marie-Louise Von Franz déclare que c’est pour cette raison que Perrault et certains conteurs ont compliqué l’histoire. C’est aussi le cas dans le dessin animé. Le prince est enlevé par Maléfique (qui semble le vouloir pour elle), il est délivré par les fées qui lui offrent une épée et un bouclier. La sorcière jette plusieurs sorts pour les empêcher de s’évader, qui sont franchis grâce à la magie des fées et au courage du prince. Celui-ci est mis à l’épreuve par les ronces qui sont ici formées par la sorcière à cet instant précis. Mais la dernière épreuve qui fait du prince un homme digne de la princesse est de terrasser la sorcière changée en dragon.
Le sommeil de la princesse dure réellement 100 ans dans conte, mais sa durée dans le film est imprécise et semble même très courte. Au réveil de la princesse les gens du château ont des réactions différentes. Dans le conte, tout reprend comme si de rien n’était et le mariage du prince et de la princesse est immédiatement célébré. Dans le film, les personnages montrent de l’indifférence, excepté le roi Hubert, père de Philippe qui ne comprend rien mais se résigne et finit par profiter du bal.